Pour certains, ça va vraiment prendre du temps.
Je réagis à un article de monsieur Christian Rioux du Devoir, article paru aujourd’hui, le 9 janvier 2009 sous le titre « La Société des blogs« .
Il me semble que ce cher monsieur prête des intentions et des points de vue qui sont loin d’être ceux des « bloggeurs » et autres utilisateurs des médias collaboratifs.
Ce que font les bloggueurs serait, selon ses propres mots du « journalisme de comptoir » étant donné la déception qu’il a, le plus souvent, au regard de « la médiocrité de ces « nouveaux » contenus qu’est censé offrir internet« . Parce qu’enfin, que ceux qui se prennent pour des journalistes se donnent le temps de réfléchir et de se relire.
Et c’est là que le bas blesse aurais-je envie de dire. Parce que QUI, des bloggeurs que je connais, que je lis régulièrement, QUI, je vous le demande, se prend pour un journaliste? Aucun, et je ne m’étalerai pas sur ce sujet, il a déjà fait pas mal de remous dans la blogosphère.
Journaliste est un métier, enfin, je l’espère puisque je lis le journal et que je le paie.
Bloggueur est avant tout, à mon sens, une curiosité, un désir de partage, d’échange, une envie de participer à des discussions. Et c’est là que je veux en venir.
À la discussion: les médias sociaux, les wiki et autre plateformes d’échange, de collaboration, sont des espaces ouverts à ceux qui veulent papoter, discuter, apporter leur pierre à l’édifice. Mais cet édifice ne se veut en aucun cas exclusif, figé, intolérant, non. Personne ne détient LE savoir.
Avez-vous déjà dit à votre Oncle Georges que ce qu’il disait au Party de Noël n’avait aucune valeur parce qu’il n’était pas journaliste et qu’il ne fallait surtout pas qu’il se prenne pour ça. Mais, qui vous dit que l’Oncle Georges se prend pour un journaliste, qu’il chérit cette idée au plus profond de son coeur? Personne, parce qu’il ne s’agit pas de ça. Loin s’en faut.
Il ne s’agit pas non plus d’une révolution (encore une fois à mon sens) non pas parce que la qualité du contenu laisse à désirer, selon ce que dit monsieur Rioux, mais bien parce que les médias sociaux ne sont qu’une forme d’échange de plus offerte à nous, humains, doués de langage et qui parlent par plaisir, par politesse, par envie, par…( la liste est longue, je m’arrête là).
Alors, la grande inquiétude de ce journaliste est l’éducation des enfants. Je suis, moi-même, toujours sensible à cette cause qui est, faut-il le rappeler, l’avenir de notre société.
Je cite « si le zappage numérique devait remplacer la lecture du journal et à plus forte raison du livre, cela se ferait au prix d’une grave régression intellectuelle dont nous commençons à sentir les effets. »
ça y est, nous y sommes, le grand méchant qui démotive les élèves et favorise même le décrochage scolaire, ce sont les blogues et autres espaces du web 2.0.
Il répond en fait, dans cet article à une entrevue (parue également dans Le Devoir de lundi dernier) de Marc Prensky, intitulé Une école pour les natifs de l’univers numérique. Cet article m’avait réjouie lorsque je l’avais lue (je me suis abonnée au Devoir, version papier: si, si !): enfin quelqu’un qui n’envisage pas avec peur le web 2.0, qui l’utilise afin de coller à l’actualité de nos enfants, à leur réalité: qu’on le veuille ou non, les enfants, les adolescents vont grandir avec ça. Alors, autant tenir notre rôle de guide, de mentor, d’éducateurs, de parents (oserais-je le dire?!) et cheminons avec eux et ces nouvelles technologies pour qu’ils grandissent et sachent comment en tirer profit (dans l’échange).
Je m’égare, me direz-vous, mais aujourd’hui (encore dans Le Devoir) un article en page A2 Quand apprendre devient un jeu d’enfant, (article disponible pour les abonnés) montre que l’usage des ordinateurs en classe, non pour passer le temps, mais bien pour appréhender ces outils ainsi que profiter des activités interactives disponibles en ligne, tout en se servant du crayon, du papier et des livres pour d’autres types de savoirs, avait fait chuter « les incidents liés aux comportements et à l’absentéisme (…) de plus de 25%« .
Parce que, laissez-moi vous dire, les livres nous apportent un savoir extraordinaire mais le web nous apporte un type de savoir-faire et de savoir-être que les livres ne peuvent nous donner à expérimenter.
Bien sûr on n’échappe pas à la mention » il n’y a qu’à lire les insultes et les commentaires désobligeants dont regorgent tant de sites Internet pour comprendre à quel mitraillage est dorénavant soumis celui qui prend la plume » (le journaliste qui s’abaisse au niveau d’écriture, si bas, des bloggueurs).
Décidemment, ces pauvres journalistes doivent être bien mal à l’aise pour en arriver LÀ!
Pour terminer, parce que ce billet est vraiment long, la transition qui s’opère aujourd’hui n’est pas une récolution mais bien un changement, une évolution de notre mode de communiquer, échanger, parler, déblatérer ensemble. Si le petit-minime savoir des bloggueurs (je ne me sens quand même pas ignare même si je ne suis pas journaliste) peut assaisonner l’expression de leurs opinions et bien tant mieux.

Et vlan!
Voilà qui est bien dit. J’aime bien le parallèle avec Oncle Georges…
Diane
Cette chronique de M. Rioux a fait jaser sur Twitter aujourd’hui. On a parlé de clichés sur les blogues et de «déjà entendu», mais force est d’admettre que le Web n’est pas une panacée non plus. Restons critiques…
Je croyais vraiment que le «bloguebashing» était dépassé, tout de même. Comme vous j’ai été surpris!
Merci d’avoir lu et commenté ce billet, je suis convaincue qu’il y a beaucoup de choses à (ap) prendre et d’autres à laisser, mais à la lecture des commentaires sur le site du Devoir, tout le monde (ou presque) était bien d’accord, je pense important de défendre et non pas toujours d’attaquer une cause en laquelle on « croit » !
Et puis, la déformation faite de l’entretien avec Marc Prensky est vraiment grossière.
La démocratisation des médias est vu par les médias traditionnels comme une désorganisation et un chaos. Toutefois, il y a rien de plus fiable et factuel qu’un billet commenté. Si il y a dérapage ou fausseté, elle sera rapidement mise au point dans un commentaire. Les erreurs dans les articles de journaux ne sont pas toujours rétractés si elle est de moindre importance.
Mais, il y a rien de nouveau. C’est une réaction de l’élite qui perd son pouvoir au profit du peuple. On a vu ce genre de réaction souvent au cours de l’histoire. C’est un bout à passer pis la volonté populaire va l’emporter. C’est toujours ainsi.
Merci Aurélie
Mon commentaire aurait été plus long que ton billet
donc j’en ai profité pour en faire le sujet de mon premier billet 2009:
http://michellesullivan.ca/2009/01/reflet-dune-nouvelle-realite-le-journalisme-en-mutation/
Bonjour,
bât n’est pas bas!
Il est bien ce journaliste du DEVOIR, beaucoup moins pontifiant que d’autres à Paris, mais qui place la barre ou trop haut, ou trop loin avec A.Gide! Revenons à G. Flaubert et relisons aussi sa correspondance! Avec ses copains et ses copines, ils n’avaient pas de blog,mais ils se parlaient de tout! Merci de m’avoir lu.
@Nicolas Roberge: c’est ça, nous sommes en période de transition, et une transitions, ça ne se fait qu’au moyen de questionnements.
@Michelle Ton billet est un vrai bon billet bien construit, merci! N’ayons pas peur du changement, faisons des essais et agrandissons nos possibilités.
@N Savarin: Pour sûr j’ai toujours aimé lire certaines correspondances d’écrivains célèbres, je n’avais accès qu’à celles-ci puisque c’étaient les seules éditées et jugées « dignes », aujourd’hui, on a, au risque de me répéter, un choix plus vaste, à NOUS de choisir. Chanceux que nous sommes!