La chronique de Patrick Lagacé: Bixi, blogue et bullshit de ce matin dans La Presse m’interpelle, comme, j’imagine, la plupart des blogueurs qui la liront: pour promouvoir Bixi, le vélo en libre-service (payant, et pas mal cher quand on considère la période, assez courte, d’utilisation possible) un blogue a été ouvert, alimenté (fort bien apparemment), des pages Facebook ont également permis de rassembler beaucoup de monde autour de ce blogue qui, soit-disant, se voulait simplement vanter les mérites de l’utilisation du vélo à Montréal.
En fait, tout ceci n’était que l’invention d’une boite de communications montréalaise, en accord avec le directeur des communications-marketing de Stationnement-Montréal pour préparer le terrain au Bixi.
Bravo, bravo et encore une fois merci!
Je bondis ce matin à la lecture de cette chronique. Soit-disant que le web 2.0 permettrait toutes ces sortes de dérives, encore une fois ce serait l’outil le coupable et non les intentions archaïques et non éthiques de certaines personnes qui n’ont pas encore compris (et ne veulent sûrement pas le comprendre) que si le web 2.0 a émergé et si les personnes (les vraies) s’y investissent tellement, c’est parce qu’il s’agit justement de la possibilité de dialoguer entre pairs, de façon honnête et transparente.
Je reviens sur cet ouvrage « Putting the Public Back in Public Relations » écrit par Brian Solis et Deirdre Breakenridge et, il y a quelques jours, je lisais ceci (c’est moi qui souligne, pages 200-201) :
» We mentionned previously that the Social Web is this great combination of Public Relations, marcom, advertising, and customer service. It’s crucial that all these areas work together to become a holistic inbound and outbound campaign, one of listening to and engaging with customers. We believe that this approach will rewrite the rules of the game, and escalate the corporate brand and loyalty in the process. We believe that these game-changing rules will advance our industry and make PR, once again, a crucial part of an organization. And most important, the lessons learned in the field will be fed into the marketing departement to create and run more intelligent, experienced, and real-world initiatives across all forms of marketing, PR, sales, and advertising. »
Et voilà, là où le web 2.0 nous permettrait, si l’on se met à écouter, comprendre et essayer d’aider, de répondre à nos publics, de mettre en place de solide et sincères relations, les soit-disant spécialistes de la question appliquent de vieilles recettes déjà vues, revues et décriées, en détournant des outils novateurs…
Il faudrait, très vite, établir ensemble une sorte de charte à laquelle adhérer et qui nous engagerait, nous acteurs sur les médias sociaux, à suivre certains codes et à s’engager à respecter nos lecteurs et ne pas les prendre pour des valises (à ce propos, je mijote une sorte de politique éditoriale que je publierai sur ce blogue et qui engagerait ma responsabilité…)
J’aimerais bien me déplacer à vélo à Montréal, nous sommes d’ailleurs assez nombreux à aimer cette idée, mais à se faire prendre pour des C… comment avoir envie, désormais, d’aller se promener en BIXI ?
Je pense que je vais plutôt aller m’acheter un vélo: et voilà, vous avez gagné !
MAJ: ne ratez pas le billet haut en couleurs et au titre exquis de Michelle Blanc !!
MAJ 2: comme prévu, la blogosphère montréalaise a réagi, et à raison:
On peut lire un billet altruiste de Michelle Sullivan… franchement, je t’admire Michelle !
Celui de Dimitri Gourdin et de Johanna Raynaud, de Marie-Josée Gagnon qui n’en revient pas !
Michelle Blanc a eu un échange avec Isabelle Maréchal, à écouter ici.
Pierre Bouchard qui parle de ce gros malaise.
MAJ 3: un article dans Le Devoir du 19 et 20 septembre 2009 mentionne le cas bixi et développe, intéressant de lire ceci plusieurs mois après… une petite citation:
L’arnaque, une fois mise au jour, a fait grand bruit: en donnant vie dans le cyberespace à un faux blogue, alimenté par de faux cyclistes amateurs et engagés, pour promouvoir les Bixi à Montréal, l’agence de publicité Morrow et Stationnement de Montréal ont finalement fait l’unanimité… contre eux.

Bravo Aurélie. Tes valeurs sont à la bonne place. C’est réconfortant pour moi qui fait ce métier depuis 30 ans! La relève est prometteuse!
J’espère aussi que cette maladresse de com ne refroidira ton intérêt pour notre formidable métier et pour BIXI qui est un concept très intéressant. J’ai eu l’occasion de voir sa popularité à Paris (vélib) et je suis heureux que Montréal s’implique pour aider ses citoyens à rouler plus vert.
Merci beaucoup… au contraire, je n’en ai que plus envie d’exercer de manière intègre, transparente et vraie pour rassurer les clients, les publics et montrer que faire de la communication, c’est communiquer, c’est dialoguer, c’est s’investir dans ce que l’on dit et le défendre.
Pour ce qui est du BIXI, je suis une adepte du Vélib’ donc, je devrais me réconcilier, mais j’avoue que la prochaine fois que j’entendrai parler de Bixi dans les médias, je me poserai encore plus de questions sur l’authenticité et le motif de la communication !
Montréal s’implique dans le développement durable, c’est très bien, il faut surtout ne pas s’arrêter en si bon chemin, une Montréal encore plus « verte » me plairait d’autant plus !
Merci de votre visite et de votre commentaire
Encore aujour’hui, plusieurs mois après la dénonciation de la supercherie par Patrick Lagacé, ça vient encore me chercher. Le scandale des commandites a entaché la réputation de l’ensemble des firmes de communications: l’arnaque du faux blogue, à l’ère du web participatif, remet encore en question la notion d’éthique dans le monde des communications et du marketing. On se demande vraiment comment les gens de Morrow en sont arrivés à se dire que c’est éthiquement correct de faire dialoguer des faux citoyens avec des vrais citoyens… De plus, leur argumentation pour justifier l’adoption de cette stratégie (« Le blogue n’a jamais été un faux blogue. Tout ce qui y est écrit est d’intérêt pour la communauté du vélo à Montréal. Il n’y a rien de mensonger dans l’information qu’on y trouve. Nous avons toujours voulu être respectueux de nos lecteurs. ») est la preuve que cette firme fait preuve de mauvaise foi, et ce même après que leur supercherie ait été dénoncée par la communauté du blogosphère.